Belfast, ville de « tourisme politique »


De mon voyage à en Irlande du Nord, je retiens les délicieuses mousses de bière brune, l’accent prononcé et la gentillesse des Irlandais, les rues tout en briques rouges, les jolis bed & breakfasts qui font trop envie, les vrais pubs et l’entraînante musique irlandaise… Et surtout, un réel sentiment de sécurité, partout où je me suis promenée, malgré un passé pesant et ensanglanté.

Des années 60 aux années 90, au plus vif du du conflit politico-religieux qui opposa les catholiques aux protestants, quelque 2000 fresques murales ont été peintes à Belfast. Ces dernières marquent le territoire républicain, en faisant l’apogée de l’indépendance irlandaise, ou le territoire des unionistes, favorables à la couronne britannique. Bien qu’empruntes d’une certaine tristesse et violence, j’ai été assez fascinée par la diversité de ces fresques militantes. Si pour certains Nord-irlandais, il s’agit de simples tracts politiques, pour d’autres ce sont de vraies oeuvre d’art, qu’il est nécessaire de préserver, partie intégrante du patrimoine local.

Entrée de Sandy Row

Entrée de Sandy Row

Belfast Sandy road

Belfast murals and peace wall

On les retrouve presque partout, dans les quartiers à tendance unioniste ou républicaine (Sandy Row, Shankill Road). Ils représentent des militants encagoulés de l’Irish Republican Army (IRA) ou de l’Ulster Volunteer Force (UVF), pistolet-mitrailleur au poing. Ces fresques, parfois très menaçantes,  semblent encore guetter l’ennemi. Pourtant, ce sont surtout les touristes qu’elles attirent aujourd’hui (plus d’un quart des visiteurs de Belfast sont intéressés par ce patrimoine insolite), curieux d’histoire, de politique, ou d’art, tout simplement.

D’ailleurs, des chauffeurs de « black cabs » ou d’anciens prisonniers des 2 camps vous proposent des visites guidées et personnalisées, souvent teintées de leur version des faits. Ce genre de prestation relève du « tourisme politique » ou d’une sorte de tourisme mémoriel. Ce qui peut être un peu gênant quand on sait que le feu des attentats n’est pas encore tout à fait éteint…

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Mémorial sur Falls road

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Peace wall Belfast

Les artistes-militants qui peignaient autrefois ces œuvres dans l’illégalité, s’investissent dorénavant pour les sauvegarder. Gardiens d’un patrimoine partagé, ils modernisent ces œuvres, les réorientent vers des sujets internationaux tels que le conflit israélo-palestinien ou des sujets plus fédérateurs comme l’hommage aux grands joueurs de foot qu’étaient George Best, Samuel English, ou encore à la pop des Beatles. Le temps est à « All you need is love ».

Beatles and music mural Belfast

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J’ai eu la chance de rencontrer Danny Devenny, ancien « combattant » de l’IRA, qui se consacre aujourd’hui à la perpétuation de cette tradition. Il est convaincu que cet héritage culturel est le meilleur moyen de perpétuer le souvenir… Et d’éviter le retour de la violence. On a envie d’y croire aussi !

Une chose est sûre, la capitale de Belfast a plus d’un tour dans son sac. Les murals ne sont qu’une facette de son attachante personnalité. La suite dans un prochain post…

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Botanical garden Belfast

Pub Belfast

Guiness Northern Ireland Belfast street Belfast Albert memorial clock

Crown liquor saloon Belfast

Liquor pub Belfast

Queen's university Belfast

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Belfast Town hall

À potasser avant de partir :

  •  2 bouquins sur le conflit nord-irlandais :
    – Mon traître de Sorj Chalandon :
    J’ai adoré cet ouvrage qui traite de la complexité des relations entre les 2 camps. Quand les services secrets britanniques s’en mêlent et que le héros de tous devient traître. L’ambiance de Belfast y est parfaitement dépeinte. Et on passe du rire au larme sans y prendre garde.
    – Eureka Street de Robert McLiam Wilson :
    Un peu plus bavard et descriptif, ce livre dresse le portrait d’une bande d’amis qui reste fidèle en dépit de leurs diverses appartenances religieuses. Il dépeint davantage la culture et la société nord-irlandaise, sur fond de préjugés, que le conflit lui-même.
  • 1 film à voir :– Hunger de Steve McQueen: poignant, violent, déroutant… Ce biopic très réaliste permet de mieux comprendre le statut héroïque de Boby Sand dans la « résistance » irlandaise. Il ne traite uniquement que de son incarcération et de sa grève de la faim pour faire reconnaître le statut de prisonnier politique.

Et aussi :  Bloody Sunday de Paul Greengrass, Le vent se lève de Ken Loach, Ennemis rapprochés  d’ Alan J. Pakula…

D’autres oeuvres à conseiller ?

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