Eco-volontariat : opération tortues au Costa-Rica


tortues luth - Tortuguero NP
L’écovolontariat au Costa-Rica est un peu comme le vélo au Pays-Bas : incontournable. Grâce à l’impulsion donnée à cette activité par les gouvernements successifs, et la présence sur le territoire d’une riche biodiversité nécessitant une attention toute particulière. Parmi les expériences d’écovolontariat que nous avons testées, je vous propose de découvrir la protection des tortues marines dans le Parc national du Tortuguero. Je vous donne en toute objectivité (du moins j’essaie…) mon point de vue sur cette activité.

Écolos dans l’âme souhaitant allier découverte d’un joli pays et bonne action, ma soeur et moi avons choisi de passer 2 semaines au sein d’une petite ONG (je ne juge pas utile de la citer mais si vous êtes intéressé(e), contactez-moi par email) implantée au sud du parc national du Tortuguero (côté Caraïbes). Nous n’avions pas d’attentes particulières, si ce n’est de s’engager dans des actions de préservation concrètes tout en découvrant la biodiversité locale.

A mon sens, l’expérience a été éprouvante, un peu décevante, mais rétrospectivement intéressante.

Les conditions de vie sur place :
Éprouvante en raison des conditions de vie et d’accueil sur le camp (un peu « à la Koh Lanta » mais avec la bonne nourriture en plus). Les 2 responsables en présence de l’ONG n’étaient pas les écolos  accueillants à bras ouverts tels que je les fantasmais… Point de Pierre Rabhi orateur ou de Jeanne Goodall passionnée. Des gens plutôt normaux, ne cherchant pas vraiment à se lier aux volontaires, et de manière générale peu présents dans l’accompagnement des tâches… Peut-être, et ça se comprend, éprouvés par la chaleur, les insectes (les sandflies ravageuses de mollets notamment ! ) et l’isolement – « le camp » se situant en dehors de toute civilisation, sans eau courante et avec peu d’éclairage. Des baraquements par-ci, par-là, un chemin de terre, le village le plus proche étant à 40 minutes de bateau à moteur sur le rio Pacuare. De plus, le climat en ce mois de juillet est particulièrement lourd, très chaud et humide la journée (avec des pluies torrentielles en fin d’après-midi). Les journées sont courtes, la nuit tombe dès 17h30 et est particulièrement chaude, sans vent, ni brise. Bref, un peu étouffant, mais supportable.

Côté  paysage, c’est plutôt hostile mais dépaysant : plage de sable noire tourmentée par un océan dans lequel on ne s’aventurera pas, du moins pas au-dessus du nombril. En effet, courants mortels et risque de rencontre avec des requins nous dissuadent dès notre arrivée.  La végétation luxuriante des environs nous offre cependant un joli cadre et des ressources pour accompagner les repas servis : avocats, mangues et autres fruits exotiques abondent. Les habitants du secteur sont très accueillants et semblent approuver l’activité de l’ONG, ce qui est rassurant pour nous.

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Playa Pacuare

Une des bêbêtes qui s'invitent dans nos chambres

Une des bêbêtes qui s’invitent dans nos chambres

Et heureusement, nous ne sommes pas seules. Une vingtaines de jeunes des 4 coins du monde font également partie de la mission. Certains sont ici depuis plusieurs mois. L’ambiance est donc bon enfant et multiculturelle. Un des regrets cependant est de ne pas avoir pu parler un mot d’espagnol sur le camp (en dehors des quelques locaux que nous rencontrons), les fondateurs étant anglophones et la majorité des volontaires étant de nationalité américaine ou européenne.

Parlons maintenant de l’essentiel : les missions
Il s’agit surtout d’effectuer des rondes la nuit afin de recenser les tortues (vertes, caouannes ou luth) venues pondre sur la plage et de collecter leurs oeufs dans un sac en tissu afin de les protéger des braconniers (nombreux dans le pays et effectivement observés dans la zone) et des prédateurs potentiels (oiseaux marins, crabes,  chiens errants…). Ces œufs sont ensuite enterrés par les volontaires dans la « couveuse » de l’association. Aussi, nous devons entretenir ces nurseries-couveuses actuelles et en construire de nouvelles sur la plage, en suivant un plan de construction précis. Nous surveillons le site par roulement (24h/24) afin d’éviter tout rapt d’œufs mais aussi pour être présents lorsque les oeufs éclosent. Les bébés tortues sont alors comptés, pesés, mesurés (…) puis finalement relâchés dans l’océan, dans le respect d’un protocole précis pour minimiser les risques. Parmi les autres tâches sur le camp, plus anecdotiques, il y a la sensibilisation des locaux (qui connaissent tout de même bien le projet, certains étant employés par l’ONG), l’entretien-nettoyage des lieux, la vaisselle, etc.

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nurseries - Tortuga feliz

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Tortuga felizbébés tortues luth

En résumé, ces tâches sont assez précises, généralement effectuées  par groupe de 2 ou 3 personnes, mais ne font pas tellement l’objet d’échanges entre les responsables et les volontaires. Nous sommes donc globalement déçues par le manque de transmission de savoirs durant cette expérience. En contrepartie, ce qui nous semble intéressant est d’avoir eu la chance d’assister aux pontes des belles tortues vertes et d’avoir et l’opportunité de protéger leur progéniture par la même occasion (et un sac d’œufs de tortues porté sur plusieurs kilomètres, ça vous fait aussi de beaux bras !). Nous avons ainsi pu constater que la présence des braconniers est bien réelle et que cette action est loin d’être vaine et superficielle.

Si vous êtes intéressé(e) par l’éco-volontariat
L’écovolontariat au Costa-Rica est une manière de compenser les dommages causés par le tourisme de masse et de vous donner bonne conscience sur votre « bilan carbone ». De nombreux projets localisés existent dans tout le pays, telle que la formation des habitants à la protection des milieux ou encore, des actions de réhabilitation des milieux ou de comptage d’espèces. Les autorités tentent ainsi de se prémunir du braconnage et de la déforestation clandestine, mais ces actions restent mineures, nécessitant d’être davantage soutenues et accompagnées par les autorités locales. Car parallèlement, chaque année, de nouvelles chaînes hôtelières font leur apparition, ouvrant le Costa Rica au tourisme de masse. L’argument voyage nature (ecolodges, écotourisme…) est utilisé à tout-va au risque d’être détourné par certains opérateurs. La capacité de charge de certaines zones est dépassée entraînant inévitablement des dégradations sur l’environnement. Bref, l’éco-volontariat se heurte au risque de devenir un « green business », comme bien d’autres activités relevant de l’éco-tourisme.

C’est pourquoi mon conseil est de bien choisir la mission et l’organisme que vous souhaitez aider. Ne foncez pas tête baissée vers votre rêve de sauver les lamantins ou de câliner des bébés fauves, mais prenez le temps de comparer, de regarder les avis sur le net, et surtout, contactez vos futurs hôtes pour leur poser toutes les questions qui vous passent par la tête. S’ils prennent le temps de vous répondre, et d’expliquer leur démarche c’est déjà un bon point. Après, vous pouvez vous assurer de leur légitimité ou d’un minimum d’honnêteté et d’éthique en passant par des prestataires spécialisés dans l’éco-tourisme ou l’éco-volontariat (Ex : Cybelle Planète, A pas de loups…). Autre source d’informations utile :  le site de Laurence www.eco-volontaire.com.

Enfin, n’oubliez pas que l’expérience est payante. Les tarifs sont variables d’une asso à une autre. Assurez-vous qu’ils sont justifiés, c’est à dire, qu’ils couvrent essentiellement les frais de repas et d’hébergement. Il y a une différence entre l’éco-tourisme et l’éco-volontariat qui doit resté centré sur le bénévolat et non le financement.

bébé tortues luth - Tortuguero NP

Bébé tortue luth rejoignant l’océan Atlantique

bébé tortues luth - Tortuguero NP

Entre nous, j’ai bien conscience que ce récit n’est pas des plus flatteurs. Mais il s’agit d’un ressenti très personnel, sachant que je n’étais sur place que 2 semaines et que le reste du temps, il y a de grandes  chances que les conditions de vie et d’accueil soient vécues différemment. Bien évidemment, je ne m’attendais pas à devenir une apprentie scientifique en si peu de temps, ni à être reçue en « sauveuse de la planète ». Mais cela vous permettra peut-être de voir les choses différemment et de vous préparer à une expérience moins fantasmée et idéalisée. éco-volontariat Costa-Rica

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10 réflexions sur “Eco-volontariat : opération tortues au Costa-Rica

  1. C’est intéressant d’avoir un point de vue différent de ce que l’on peut lire aussi, pas tout beau tout rose, de sauveuse de planète écolo justement…

    Bon, perso, rien que le lézard dans la chambre, je sais que j’irai jamais là-bas mais c’est bien de savoir que ce genre de structure existe ;-)

    • Merci Xelou . Oui il y avait de sacrés bestioles… Je vous épargne l’épisode de l’araignée de la taille de ma main. Parce que moi-même j’ai des frissons en voyant la photo :)

    • Je crois qu’il s’agit d’un iguane plutôt que lézard. Trop mignons les iguanes, on en pleins ici :) … le Costa Rica a l’air d’un endroit fascinant pour découvrir la faune, mais c’est sûr que l’éco-volontariat est un choix particulier qui ne convient pas à tous.

      • Effectivement Bertille un petit iguane certainement… Mignons euh, inoffensif je dirais =) hehe Par contre je n’en dirai pas tant de l’araignée de la taille de notre main. Allé je vous montre la photo !

  2. Coucou,
    Tu as bien raison, c’est vraiment dommage qu’il n’y ait pas eu beaucoup d’échanges. Certains auraient pu partager leurs expériences passées pour peut être former un peu plus les autres.
    En passant, elles sont vraiment mignonnes ces bébés torues :)

    A+ et merci du partage

    • Merci à toi ! :) Effectivement, j’aurais apprécié d’être formée par des personnes un peu plus passionnées. On attend toujours beaucoup de ce type d’expériences… Mais ça doit être assez variable, car ces structures tournent toute l’année.

  3. Je suis très intéressée par ce genre de volontariat, j’y pense même pour l’Afrique, plutôt que de faire du tourisme traditionnel. Et comme toi, j’idéalise énormément. Je n’ai pas encore commencé mes recherches, je verrai bien. Mais le Costa Rica est aussi une bonne idée. Merci pour cet article objectif :)

  4. Je trouve ton article, même si pas très positif, vraiment très bien…
    Beaucoup de gens idéalisent un peu tout ça mais finalement ce n’est rien d’autre que un travail et un travail pour lequel les volontaires ne sont pas qualifiés et vont donc en general effectuer des taches basiques…
    Ceci étant je trouve ça très généreux de ta part d’aller passer deux semaines de tes vacances là bas!

    • Oui, très sympa :) Quand tu commences ce genre d’expérience tu aimerais pouvoir le faire pour chaque voyage… Et surtout être sûre que ton actions aura un impact durable.
      J’ai adoré l’ambiance caribéenne aussi. Je veux tellement retourner en Amérique centrale !

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